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Les "psy" ?

  • 8 juil. 2023
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 janv.

Quelle est la différence entre les "Psy" ?

Psychologue, psychiatre, psychothérapeute et psychanalyste?

Et un thérapeute, est-il un psy? Et le coach alors?


Et d'abord...pourquoi écrire ce post ?

Parce que, me semble-t-il, des voix s'élèvent de plus en plus pour dénoncer des dérives sectaires qui s'intensifient. En effet, la souffrance des personnes est devenue un véritable marché, intensifié par la COVID 19. En 2021, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a reçu 4020 saisines, soit une hausse de 33,6% par rapport à l'année précédente et de près de 50% par rapport à 2015! Près de 70% de celles-ci concernant la santé se rapportaient à des pratiques de soins non conventionnelles telles que la naturopathie, le reiki ou la nouvelle médecine germanique, décrit le rapport (1). En ce sens, il m'apparait essentiel de faire le point sur les titres dont l'usage est réglementé en France. Car les méthodes de développement personnel se succèdent au gré des modes et de l'imagination des "thérapeutes" et des coachs qui prétendent aider, soutenir les personnes, voire les guérir. Et après tout, pourquoi pas? diront certains. Si elles ne font pas de bien, ces pratiques ne font certainement pas de mal ? Ne peuvent elles pas elles aussi apporter du réconfort? Cet apaisement tant espéré?


Le problème est la méconnaissance de la psychopathologie, des mécanises de défense et des processus psychiques à l'œuvre chez chacun, en fonction notamment (mais pas seulement) de son âge, de son histoire, de sa personnalité. Forçant les mécanismes psychiques du patient lui-même mais déniant aussi ce qui se joue dans la relation entre le patient et son thérapeute à son insu, ces méthodes peuvent faire à l'extrême décompenser un patient ou encore encrypter un traumatisme qui n'en était pas un au départ de la prise en charge (soins par hypnose par exemple sans aucun accompagnement psychopathologique). Certaines pratiques peuvent donc s'avérer toxiques. Alors, mieux se repérer parmi les professionnel(le)s soumis à une réglementation stricte est me semble-t-il loin d'être accessoire mais relève plutôt d'une nécessité. Voici quelques éclairages.


Le psychologue analyse le fonctionnement d’un individu (pensées, sentiments, émotions, comportements, environnement) afin de l’accompagner au mieux pour trouver les solutions à ses problématiques. Pour cela, le professionnel de la psychologie humaine et des facteurs qui l’influencent s’appuie sur des théories et des modèles issus de la recherche scientifique et empirique. En ce sens, le psychologue appartient au champ de la santé mentale et a validé 5 années d'études post bac.


La psychologie clinique est une branche de la psychologie au même titre que la neuropsychologie, la psychologie sociale ou la psychologie du travail. Mais la dimension clinicienne de notre exercice est seule garante de notre formation à la psychopathologie, c'est-à-dire à la pathologie psychique, et à nos compétences nécessaires pour entendre et traiter ces souffrances et désorganisations psychiques associées. Je suis psychologue clinicienne et donc diplômée d'un Master 2 en psychologie et psychopathologie cliniques délivré par l'Université Louis Lumière Lyon 2. L'obtention de ce diplôme nécessite de soutenir un mémoire de recherche et de réaliser des stages professionnalisants devant un jury composé de pairs. Avoir une licence de psychologie ou une première année de master ne suffit pas pour être psychologue et encore moins psychologue clinicien. Plus qu'un diplôme, il s'agit d'une formation qui engage un processus : le seul savoir théorique en psychologie ne suffit pas pour faire un psychologue clinicien ! Mes études se sont accompagnées de la réalisation de mémoires de recherche qui m'ont engagée dans l'appréhension et la compréhension de mes propres processus psychiques à l'œuvre, complétés de stages professionnalisants dans diverses institutions dont psychiatriques. En Master 2 de psychologie clinique et psychopathologie, le stage est de 750 heures sur une durée de 12 mois. Par ailleurs, la pratique rend obligatoire la consultation d'un superviseur : axé sur l'évaluation, l'amélioration et le développement de l'écoute du professionnel dans l'exercice de sa profession dans le but de maintenir et développer ses compétences mais aussi d'éclairer ses points aveugles dans l'accompagnement de ses patients, tel que le stipule le code de déontologie. Pour ma part, je suis non seulement supervisée mais j'ai réalisé un long travail personnel psychanalytique.


Si en France, le titre de psychologue est protégé et reconnu par l'Etat depuis la loi n°85-772 du 25 juillet 1985, l'exercice de la profession est régi par un code de déontologie adopté le 25 mars 1996. Il est une référence incontournable pour l'exercice de la profession en France : "Sa finalité est avant tout de protéger le public et les psychologues contre les mésusages de la psychologie et contre l'usage de méthodes et techniques se réclamant abusivement de la psychologie". Le numéro ADELI (et à présent le RPPS) délivré par l'ARS après vérification de nos diplômes et stages vise donc à vous garantir la validité de notre parcours et la reconnaissance par nos pairs de nos compétences, à minima. Ce code pose également le principe général des droits de la personne et la préservation de sa vie privée en garantissant notamment le secret professionnel. Il indique que "Le respect de la personne humaine dans sa dimension psychique est un droit inaliénable" : c'est un préalable telle une condition sine qua non à tout exercice de la profession, qui engage le psychologue bien au-delà d'une simple déclaration d'intention mais dans un travail personnel toujours à l'œuvre afin de nous éviter les points aveugles dans la relation thérapeutique avec nos patients (et donc de vous en éviter les conséquences) .


Si le psychologue met en évidence et explicite les troubles, situations, comportements ou symptômes qui gênent, mettent sous tension, font souffrance dans la vie sous toutes ses dimensions : affectives, sexuelles, sociales, professionnelles… d'une personne, il l'éclaire aussi pour un groupe ou une institution en inscrivant ses éclairages dans l’histoire du patient, du groupe, de l'institution de façon dynamique, c’est à dire en tenant compte du fonctionnement de la personne, du groupe ou de l'institution (sa tâche princeps). N’étant pas médecin, le psychologue ne prescrit pas de médicament. Les psychologues ne sont pas pour autant des auxiliaires médicaux soumis à une prescription médicale : en ce sens, ils assument la responsabilité de leur pratique en matière d'orientation diagnostic et de traitements psychologiques. Une orientation diagnostic n'est pas un diagnostic. Seul le psychiatre en tant que médecin est habilité à le poser évitant ainsi au praticien dans sa pratique psychothérapeutique la gageure de s'y engouffrer (parfois s'y enfermer) avec son patient : non pas en évitant de s'engager auprès de son patient dans la question de ses troubles mais plutôt en investissant son écoute au sens de ce qui est partageable : au plus près de l'humain. C'est aussi pour cette raison que le dispositif "monpsy" a tant été décrié par la profession. En effet, en obligeant le patient a passer par son médecin généraliste, ce dispositif amputait sa liberté au patient, son choix de consulter un psychologue en lien avec sa souffrance (ce qui est donc contraire au code de déontologie, à l'éthique du praticien qui respecte son patient, vous l'aurez compris) mais en plus il fait du psychologue un accessoire, un auxiliaire, à côté du seul médecin qui n'a d'ailleurs pas de formation psychopathologique poussée comme le psychologue ou psychiatre pour juger ou non de l'orientation d'un patient, voire de travailler l'orientation du patient avec lui. Pour autant, la collaboration entre médecins et psychologues restent tout à fait cohérente : cette collaboration fait sens dans le cadre d'une prise en charge psychologique.


Le psychothérapeute n'exerce pas grâce à un diplôme d'Etat mais le titre de psychothérapeute est désormais reconnu et protégé depuis 2010 : il est réservé aux médecins ou aux psychologues explicitement titulaires d’un master 2 dont la spécialité est la psychologie clinique psychanalytique donc ayant suivi une formation poussée en psychopathologie clinique complétée d'un stage en psychiatrie. Il n'est donc plus possible de s'autoproclamer psychothérapeute. La psychothérapie est une méthode qui traite des troubles mentaux par des moyens dits psychologiques principalement la parole et les mouvements psychiques associés, et ce par opposition à la thérapie biologique qui utilise les médicaments.

Le psychiatre est quant à lui un médecin spécialisé en santé mentale, exerçant la psychiatrie. Il a suivi une formation médicale et effectué une spécialisation en psychiatrie générale. Il est le seul à pouvoir poser un diagnostic et il traite les maladies mentales par le biais de la médicamentation. C'est donc le seul praticien habilité à prescrire des médicaments et, à ce titre, ses consultations sont remboursées par la sécurité sociale. Les psychiatres n’ont pas tous la formation nécessaire pour mener une psychothérapie. Néanmoins, certains sont devenus psychothérapeutes ou psychanalystes après un travail introspectif conséquent comme l'est la psychanalyse et en mettant au travail leur pratique. La psychanalyse est une méthode d'investigation psychologique découverte par S. Freud visant à élucider la signification des processus psychiques inconscients et, à ce titre, de conquérir un plus grand espace psychique de liberté face aux déterminismes de l'inconscient dans les relations avec soi-même et avec les autres. Le psychanalyste utilise le dispositif du divan. Si le psychothérapeute analytique s'inscrit dans cette démarche, il n'utilise toutefois pas le dispositif du divan. Il utilise celui du face à face. L'expérience de la psychanalyse sur le divan reste particulière, à part et peut partageable, et ne peut être remplacée par le dispositif en face à face. Le titre de psychanalyste n’est pas réglementé par l’Etat mais un psychanalyste peut demander le titre de psychothérapeute s’il justifie d’un master clinique et d'un stage en psychiatrie. La pratique de la psychanalyse repose sur une certain nombre de prérequis essentiels: une formation théorico clinique au sein d'une école assermentée d'orientation psychanalytique, une psychanalyse sur divan (minimum 2 voire 3 séances / semaine) et non en face à face qui peut se dérouler en plusieurs tranches puis une supervision psychanalytique pour pouvoir soi-même devenir analyste et recevoir des "analysants". Avec sa création en 1969, le Quatrième Groupe devient avec la Société Psychanalytique de Paris, l'Association Psychanalytique de France et l'Ecole Freudienne, la quatrième société psychanalytique française (2) . Le cadre de la formation y est pensé non dans les termes d'un cursus fixé par l'institution mais dans les termes d'un processus continu telle une transmission.  La décision de faire appel à un professionnel ou un autre reste certes très personnelle. Mais vous l'aurez compris : point de thérapeute ou de coach à l'horizon de ces professions réglementées… Peut-être que dans nos sociétés, la recherche effrénée du plaisir (pour ne pas dire de la jouissance) est devenu l'un des paradigmes centraux. De nouvelles thérapies dites alternatives attirent une patientèle en souffrance faisant miroiter autant de solutions magiques que miraculeuses qui frisent avec le moralisme (faire ci, faire ça/pas cela) ou le dogmatisme. Ces méthodes présentent des risques pour la santé avec parfois des ratés de soins au profit de prises en charge parallèle qui oblitère tout un pan de la vie psychique. La psychothérapie ce n'est pas la liberté d'obéir (3). La psychothérapie ce n'est pas non plus de la manipulation mais un travail pour faire grandir sa liberté de penser, sa capacité à dire, à entendre et pourquoi pas (soyons fou!) faire entendre son "Je", non pas dans une recherche effrénée de revendications mais pour vivre, ce qui appelle j'en conviens un plus grand développement. Car qu'est-ce que vivre?...Peut-être vivre au sens de penser et agir en ayant au mieux pu éclairer quelques uns de nos nombreux motifs inconscients.

En ce sens, je vous invite par exemple à mettre au travail ce que signifie "se séparer" psychiquement en lieu et place de "quitter", "fuir", "disparaître"...


(1) Je vous invite à prendre connaissance de cet article publié en 2018 sur France Culture Le coaching : une nébuleuse en proie à des dérives par Marjolaine Koch : "méthodes contestées, signalements pour dérive sectaire, psychothérapie déguisée" (...) "10 à 20 % des signalements pour dérive sectaire concernent le coaching" (...) Enfin, même si depuis 2016, la CNCP reconnaît le titre de coach professionnel : "Il ne s’agit pas d’une discipline académique. Là, il s’agit de professionnels qui se délivrent des labels entre eux. Tout cela n’offre strictement aucune garantie".

(3) A ce titre, n'hésitez pas à prendre connaissance de la recherche de Johann Chapoutot Libres d'obéir, Le management, du nazisme à aujourd'hui, 2020, chez Gallimard.

 
 
 

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