Et si cet été on se mettait à l'escalade?
Dernière mise à jour : 24 août
Escalade & Analyse, seul ou en famille : quels liens ???
En ces temps de pause estivale, je vous propose ce lien entre corps et psyché! Quels liens entre l'ESCALADE et la PSYCHANALYSE?
L'escalade est à mon sens un excellent sport qui sollicite :
le renforcement musculaire,
la souplesse et l'équilibre,
du cardio, même si celui-ci est modéré,
beaucoup de concentration pour anticiper les mouvements, résoudre les problèmes qui se posent dans les passages plus ou moins difficiles
de la confiance en soi : réussir une voie difficile procure souvent un vrai sentiment d'accomplissement
de la gestion du stress car beaucoup de grimpeurs l'avouent, cette pratique les aide à se vider la tête
C'est aussi un sport convivial car même si l'on grimpe seul, l'ambiance en salle est souvent bienveillante et les grimpeurs aiment échanger volontier des conseils entres eux.
En famille, avec vos adolescents, c'est un excellent moyen de vous mettre tous ensemble à l'épreuve, notamment en apprenant à faire confiance à son assureur de corde et au matériel utilisé! Tour à tour, à l'aide évidemment d'un professeur assermenté au départ, vous serez grimpeur et devrez faire confiance à celui ou celle qui sera votre assureur puis changerez de position : vous deviendrez l'assureur pour permettre à votre parent ou adolescent par exemple de grimper. C'est une très bonne mise en pratique thérapeutique ! D'emblée un changement de place qui nécessitera des ajustements !
Sur le plan mental, l'escalade demande une présence dans l'instant très forte. Il n'y a pas de place pour le téléphone portable!! L'enjeux est dans l'ici et maintenant! Assurer ou chercher la prochaine prise quand on est sur le mur ne peuvent être des moments différés. Il est difficile dans ces moments là, de vécus immédiats, de penser à autre chose que ce que l'on fait! Si vous avez la chance de pouvoir faire de l'escalade en extérieur, en falaise, c'est encore plus intéressant pour se connecter au vivant. Car le rocher est vivant : il nécessite d'apprendre à le lire pour pouvoir prendre le plaisir de le grimper. Il faut aussi apprendre à se rencontrer, passer les épreuves de frustrations, patienter pour enfin savourer une grimpe fluide. Le processus d'apprentissage est là d'emblée. Pas seulement dans le fait de réussir c'est-à-dire de grimper une voie, mais dans la consolidation des acquis qui permettent d'augmenter petit à petit les difficultés. La qualité du mouvement est bien plus importante que l'effort physique. En escalade, un mouvement réussi est rarement une question de force brute. C'est une recherche constante d'équilibre entre les jambes qui poussent, le bassin qui s'oriente, le tronc qui stabilise, les épaules qui doivent rester détendues et les mains. Chaque voie est une nouvelle énigme, un peu comme en analyse, où chaque nouvelle découverte de soi nous mène sur un nouveau chemin à explorer-découvrir.
Il faut (s')observer, (s')essayer, parfois se tromper, puis trouver un nouveau placement qui permettra de débloquer la difficulté. A mon sens, l'escalade permet corporellement de développer une compétence qui peut être entendue, vécue, sur le même plan qu'une d'élaboration psychique. Il n'y a pas un seul bon mouvement qui serait le même pour tous : deux personnes peuvent grimper une même voie avec deux styles très différents. Dans la singularité de l'équilibre et du corps de chacun, mais aussi de sa lecture. C'est une démarche d'apprentissage continu que je valorise aussi dans la question de l'analyse. En escalade, on ne peut pas demander à quelqu'un de trouver à sa place le bon mouvement. Un moniteur peut montrer, mais il y a ce moment où le grimpeur doit sentir lui-même le transfert de poids, l'équilibre, l'ajustement de son geste. En analyse, quelque chose de cet ordre existe au sens où l'analyste ne peut pas faire le travail à votre place. Je soutiens le cadre, je peux relancer, vous proposer une interprétation, mais c'est vous qui allez progressivement éprouver une nouvelle manière de vous entendre et comprendre. L'éprouvé doit se vivre et s'exprimer sur le divan. De mon côté je suis l'assureur de votre grimpe. Et je ne lâche pas la corde. C'est aussi cela un cadre qui fait cadre. Il doit vous permettre de chercher la meilleure voie possible, la vôtre, en toute sécurité. C'est aussi pour cela, notamment, qu'il existe et que je le fais exister!
Pour moi, cette "pédagogie du placement" comme je la nomme, parle de ce qu'enseigne la voie (la voix!) que l'analysant emprunte. Si un mouvement parait impossible, c'est que parfois il existe un placement plus ajusté pour soi qui permettra de passer. La "pédagogie de placement" équivaut pour moi au travail psychique analytique : lors d'une analyse, le patient apprend à se lire et parfois, il échoue et il y a répétition. Mais quand le processus de l'analyse est enclenché, il n'y a jamais vraiment répétition à l'identique. C'est une répétition qui vient nous apprendre qu'il y a encore des choses à lire, entendre, comprendre, avant d'aller à la phase d'après pourrais-je dire, c'est-à-dire pour qu'un déplacement psychique puisse advenir, pour peu que l'analysant, le patient, n'abandonne pas le mur qu'il a entrepris de grimper. En somme, le placement en escalade est corporel. En analyse, il est psychique et peut être entendu comme une manière différente voire nouvelle de se situer par rapport à soi, à son histoire, à ses relations. Ce n'est pas seulement faire autrement ou mieux "gérer" comme je l'entends souvent, mais c'est peut-être plutôt occuper une autre position.
Si l'escalade vous intéresse, je partage ma lecture de :
Stéphanie Bodet A la verticale de soi: Je m'apercevrai plus tard que rien n'est jamais vraiment acquis, qu'il faut la remettre sur le métier, cette capacité d'adhérer à l'instant. La cultiver et la reconquérir à chaque réveil. Mais lorsqu'on la porte en soi, on ne doute plus de parvenir à la faire fructifier" (p. 97)
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